Budget municipal : qui a peur de la dette ?

C’est un coup de com’ politique vieux comme la droite : évoquer la dette d’une institution et se rouler par terre avec des yeux de merlan frit en annonçant la fin du monde. Au niveau national, on se souvient du François Fillon de 2007, cernes creusées et mine accablée, déclarer la France en faillite. Quand elle est au pouvoir, la droite utilise la dette comme excuse pour diminuer les prestations sociales et demander un effort aux français (les plus pauvres). Quand elle est dans l’opposition, l’encours de la dette est son argument préféré pour décrédibiliser les équipes en place et critiquer leur gestion. La droite grenobloise n’y manque pas, avec des accusations mensongères et alarmistes sur le budget de la mairie. On a envie de leur proposer une tisane, et de vous parler de ce qu’il se passe vraiment avec l’emprunt à Grenoble. 


Note : Cet article vous demandera 8 minutes de lecture.

Si vous voulez des approfondissements, on sera ravis d’y répondre en commentaire.

Si vous avez la flemme de lire (et on ne va pas vous blâmer – dans la France de Macron, il y a de nombreuses raisons d’avoir un petit coup de mou), voilà un résumé en 3 phrases : 

✓  La dette, ce sont des dépenses faites hier qui permettent de mieux vivre aujourd’hui (et la droite ne s’était pas privée quand elle était au pouvoir).
✓  Contracter de nouveaux emprunts permet à la Ville de répondre aux besoins des citoyens de demain.
✓  Et elle ne le fait pas sous n’importe quelles conditions : l’endettement des communes est surveillé de près et à Grenoble, on est dans le vert !

Conseiller municipal de droite découvrant qu’un emprunt a été contracté pour rénover une école.


L’emprunt, un outil au service des villes

C’est la règle d’or en matière de budget communal : les communes ne peuvent emprunter que pour financer leurs investissements (c’est à dire ce qui augmente la valeur du patrimoine, autrement dit les écoles, les crèches, les espaces publics, les parcs… En bref : tout un tas de trucs qui participent à ce que les gens aient accès aux services publics et vivent bien.)

Cette règle répond à une logique économique simple : ce sont les habitant-es de demain qui paient pour les services publics de demain

Prenons par exemple l’école Ferdinand Buisson, entièrement rénovée cet été. L’emprunt permet d’étaler le paiement des travaux dans le temps. Ainsi, ils sont pris en charge par l’ensemble des habitants qui en bénéficieront. Ceux de 2027, comme ceux de 2037. Ce ne sont pas uniquement les parents de 2026 qui paient pour ces travaux, qui bénéficieront aux Grenoblois-es pendant plusieurs décennies.


En parlant de dette héritée du passé…

De la même manière, le budget 2025 permet de rembourser des emprunts contractés il y a plusieurs années pour financer des services d’aujourd’hui. Quand une équipe municipale arrive au pouvoir, elle récupère donc les comptes des équipes précédentes.

D’ailleurs, est-ce que vous savez qui a fait bondir la dette grenobloise ces 50 dernières années ?



Pendant la campagne, le compte Instagram Matricule250695 avait d’ailleurs fait une représentation à l’échelle des dettes. On n’a pas pu tout copier mais on vous laisse voir le résultat presque à l’échelle :



On ne va pas jeter l’ex-maire corrompu avec l’eau du bain. Ces emprunts, ils ont (parfois, on dit bien PARFOIS) servi à financer des travaux utiles pour notre ville. Le tram ou le parc Pompidou par exemple. On peut le reconnaître, tout en pointant l’audace de ses héritiers qui accusent la Ville d’être mauvaise gestionnaire. Alors que la dette n’a que très légèrement augmenté ces 3 dernières années (et moins que l’inflation !). 


Merci Alain <3

Et penchons-nous sur les bonnes raisons d’investir, et donc d’avoir recours à l’emprunt. 


Investir à la hauteur des enjeux 

Les villes sont confrontées à des défis majeurs. Rester habitables malgré la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes, rénover des bâtiments qui n’ont pas été pensés pour ce contexte, et préparer la nécessaire transition des modes de vie. À Grenoble, les investissements de cette année, ce sont par exemple des rénovations d’écoles, des aménagements pour ouvrir la piscine Jean Bron à l’automne et au printemps, l’extension du parc Flaubert, la rénovation de la place rouge de la Villeneuve ou encore la rénovation intérieure de la bibliothèque Gisèle Halimi, à Saint Bruno.


Nicolas Kada, adjoint aux finances Laurence Ruffin, nous en parle :

On a poussé les curseurs de l’investissement pour trois raisons : 

  • tous nos bâtiments sont vieillissants. Il est indispensable de les rénover pour garantir aux agents et aux usagers un service public à la hauteur ;
  • nous voulons des écoles et des crèches bien isolées, pour limiter les dépenses énergétiques et améliorer le confort d’été, y compris dans les cours. C’est un choix politique qui coûte cher ; 
  • dans le mandat précédent, la Métropole a sous-investi dans la ville centre. On a pallié ces lacunes en finançant des transformations de l’espace public.”

En chiffres, ça veut dire : 

  • 37 millions € pour l’aménagement d’espaces publics, la rénovation urbaine et la création d’espaces verts
  • 8 millions € pour les équipements sportifs
  • 10 millions € pour les écoles
  • 5,6 millions € pour la rénovation des locaux municipaux et espaces de travail des agents
  • 3 millions € pour la culture

Au total, 111 millions ont été investis cette année. 

C’est beaucoup, c’est assumé. Et ça n’est financé qu’à hauteur de 40 millions d’euros par l’emprunt, car la Ville dispose d’autres cordes à son arc.


L’épargne comme levier 

34 millions €. C’est ce qui reste à la Ville en 2025 après avoir réalisé ses dépenses de fonctionnement et remboursé ses emprunts. 


Cette somme est particulièrement élevée (8 millions de plus que l’année précédente pour être précis). En effet, la Ville a touché 4 millions de recettes exceptionnelles. Et qui dit exceptionnel dit que ça ne se reproduira pas tous les ans. C’est pour cette raison que la commune fait le choix d’utiliser cette somme pour autofinancer une partie de ses investissements. Cela lui permet d’avoir accès à meilleures conditions d’emprunt, et donc payer moins d’intérêts sur les prochaines années.


Financer le vert par le vert

(Là, c’est la partie de l’article où on va commencer à utiliser des termes barbares mais promis, c’est bientôt fini.)

Il y a quelques années, la Ville a entendu parler de l’« intracting ». Ce dispositif consiste à financer des investissements pour la performance énergétique des bâtiments… avec les économies déjà réalisées par les économies d’énergie. Alors, elle a décidé de s’y mettre et de créer un fonds d’investissement. Celui-ci est alimenté à la fois par les économies d’énergie réalisées, la vente de Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) et des subventions.

On aurait pu traduire intracting » par « cercle vertueux », mais on a choisi d’appeler ça Mémoire des évitements, parce qu’à Grenoble, on aime la poésie.

 

L’idée est la même : si l’on isole un bâtiment, on va consommer moins de chauffage et d’électricité l’année suivante. Et on va pouvoir réinvestir ces économies. En 2024, la baisse des dépenses a permis d’alimenter le fonds à hauteur de 1 million d’euros. En 2025, on a donc financé des éclairages plus performants pour les équipements sportifs, la création de centrales solaires photovoltaïques et des projets pour réduire les consommations d’eau et améliorer les systèmes de chauffage.


La grande méchante dette… est maîtrisée

Mince, on est arrivés jusque là sans vous parler du chiffre de la dette.

Il est de 300 millions (pour l’encours, c’est à dire le stock de dette total + les intérêts associés).

Terrifiant ? 

En fait, ce sont des niveaux plus que corrects pour une ville de notre taille.

La dette des communes est contrôlée de près, très près, par l’État. Il dispose de plusieurs indicateurs pour vérifier que les communes ne font pas n’importe quoi :

  • Le délai de désendettement. C’est le temps nécessaire aux communes pour rembourser leur dette si elles y consacrent l’intégralité de leur épargne. Il doit idéalement être inférieur à 10 ans – sans quoi, la commune passe en zone de vigilance. A Grenoble, il tourne autour de 5 ans (4,8 années en 2025, 4,2 années et 5,4 années en 2023 et 2024). On est en zone verte. 
  • C’est le cas aussi pour le taux d’autofinancement (la part des recettes de fonctionnement qui sont épargnées). Il doit se situer entre 10 et 15 %. Il atteint 15,85% à Grenoble.

Voilà, on espère qu’on a réussi à calmer les angoisses de la droite. On retourne s’occuper des nôtres (la casse de notre modèle de protection sociale, le changement climatique, les cadeaux faits aux riches) et on vous dit à très vite pour un prochain article ! 


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