Michel Destot, l’ingénieur qui a façonné le Grenoble contemporain

Quand on aime Grenoble, on ne peut pas parler de la ville sans évoquer Michel Destot. Maire de 1995 à 2014, député de l’Isère pendant près de trente ans, il a profondément marqué le paysage urbain, politique et institutionnel de la capitale des Alpes. Pour toute une génération de Grenoblois, son nom reste associé à une ville en transformation, tournée vers l’innovation, les transports publics et les grands projets urbains.

Des racines grenobloises solides


Né en 1946, Michel Destot est avant tout un enfant du territoire. Ingénieur de formation (Arts et Métiers, Sciences Po Grenoble), il incarne cette tradition grenobloise où se croisent industrie, recherche et engagement public. Avant la politique, il est entrepreneur et fonde la société Corys, spécialisée dans les systèmes de simulation industrielle.
Son engagement politique débute dès 1977 comme conseiller municipal, aux côtés d’Hubert Dubedout, figure emblématique du Grenoble progressiste. Il devient ensuite conseiller général de l’Isère en 1985, puis député en 1988. Battu par Alain Carignon aux municipales de 1989, il ne quitte pourtant jamais vraiment le terrain grenoblois.

1995 : le basculement de Grenoble à gauche

Le tournant majeur survient en 1995. Dans un contexte de chute nationale et locale de la droite, Michel Destot remporte la mairie de Grenoble et met fin à douze années de mandat carignoniste. La tâche est lourde : dette élevée, administration fragilisée, défiance citoyenne. Mais Destot s’inscrit dans la durée et installe une gouvernance plus stable.
Réélu en 2001 puis en 2008, il restera maire de Grenoble pendant trois mandats, jusqu’en 2014.

Une ville remodelée par les grands projets urbains

Impossible de se promener à Grenoble aujourd’hui sans marcher sur les traces des projets lancés ou achevés sous les mandats de Michel Destot.
Parmi les transformations majeures :
Europole, finalisé et affirmé comme pôle tertiaire stratégique
Le quartier de Bonne, devenu en 2010 le premier écoquartier de France, avec logements, espaces publics et centre commercial
Bouchayer-Viallet, symbole de la reconversion des friches industrielles grenobloises
– Les premières mutations de Beauvert, Flaubert et du polygone scientifique
Ces projets dessinent un Grenoble plus dense, plus mixte, mais aussi parfois contesté.

Le tramway, colonne vertébrale de la métropole

Le tramway est devenu indissociable de la ville. Sous les mandats de Michel Destot :
– la ligne C est construite en 2006
– un pôle central de gestion des déplacements est mis en place
– le pont de Chartreuse est inauguré en 2011
– la ligne E est lancée
Ces choix renforcent l’image d’une ville pionnière en matière de mobilités urbaines et de transports publics.

Un maire grenoblois au poids national

Au-delà de Grenoble, Michel Destot joue un rôle important sur la scène nationale. Député de l’Isère jusqu’en 2017, il préside de 2007 à 2014 l’Association des maires de grandes villes de France (AMGVF). Il est alors très impliqué dans les débats sur les transports, l’aménagement du territoire et le développement urbain.

Polémiques, écologistes et lignes de fracture

Son action n’est pas exempte de critiques. Les tensions avec les écologistes locaux, notamment l’ADES, sont récurrentes. Le Stade des Alpes, l’inauguration de Minatec en 2006 ou encore le projet controversé de Rocade Nord cristallisent les oppositions.
Sur le plan électoral, malgré des alliances larges allant du PCF au Modem, la poussée écologiste est visible : en 2008, Maryvonne Boileau atteint 22 %. En 2014, Michel Destot choisit de ne pas se représenter, laissant la place à Jérôme Safar. Les municipales sont finalement remportées par Éric Piolle, marquant un nouveau virage politique pour Grenoble.

La fin d’un cycle politique

Michel Destot reste député jusqu’en 2017, année où il est nettement battu au premier tour par Émilie Chalas, malgré son appel à voter Emmanuel Macron à la présidentielle. En 2022, il participe encore à un séminaire social-démocrate avec d’autres figures historiques du PS, tentant de peser face à la NUPES.

© Wikimedia – Matthieu Riegler

Michel Destot, une page essentielle de l’histoire grenobloise

Qu’on partage ou non ses choix, Michel Destot fait partie de ces maires qui ont laissé une empreinte durable sur Grenoble. Urbanisme, transports, innovation : son action continue de structurer le quotidien des habitants. Pour celles et ceux qui aiment cette ville, comprendre Grenoble aujourd’hui, c’est aussi se souvenir de ces années Destot, entre ambitions métropolitaines, débats citoyens et transformations profondes

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